Le temps d’une révolution

J’appréhende beaucoup la période à venir. Car c’est le début des dates anniversaires qui arrivent. Bien évidemment on commencera par des anniversaires de moments plutôt heureux, qui auront un goût bien mélancolique. Pour finir en mars avec la douleur à l’état pur.

 

J’ai toujours aimé l’automne pour ses couleurs, ses balades en forêt, l’arrivée de mon anniversaire. Et l’hiver pour l’ambiance de Noël, qui me remémore des bons souvenirs d’enfance (même si cette période est plus ambigu depuis la PMA).

Puis cette période a commencé à se remplir de moments moins sympa à se rapeller avec le temps qui passe, notamment l’arrêt de la pilule en octobre 2014 – 5 ans maintenant….

Cela va être la 2e année où je ne fêterai pas vraiment mon anniversaire la semaine prochaine – alors qu’avant j’adorai faire une soirée et recevoir tout le monde chez moi.

L’an dernier car j’étais en pleine stimulation de FIV, donc bien trop fatiguée (puis le weekend d’après plus d’alcool pour cause de couvade). Et cette année… Et bien le cœur ne m’en dit pas du tout. Car justement cette année cela aurait dû être bien différent.

J’ai l’impression de rentrer dans une période de déjà vu, de vivre un an en arrière. Sensation très désagréable.

J’ai peur des dates anniversaires à venir, les plus marquantes car emplies de joie l’an dernier.Les prochains mois vont en être remplis. Et cette tristesse sourde de mélancolie commence à m’emplir à nouveau.

Timeline octobre 2018 – février 2019

25 octobre – ponction

28 octobre – transfert

Halloween – j’ai l’impression d’être une imposture à ne pas boire d’alcool au bar.

12 novembre – anniversaire de mon père – prise de sang positive, une soirée irréelle mêlée d’incrédulité, de joie, de peur.

12 décembre – 1e rencontre, 1er fois où l’on entend son cœur battre, qui devient à ce moment le plus beau son du monde…

Noël qui a une saveur bien plus agréable

Janvier et les galettes des rois suivies d’annonce officielle. L’écho T1 qui se passe à merveille avant cela. On attend un garçon.

Février et le festival de Gérardmer où je n’ai plus à cacher ma grossesse et où nous commençons à y croire pour de vrai, l’homme qui fête ses 29 ans, en se disant que ça y est, il sera bien papa avant ses 30 ans.  Les semaines perdues à préparer le voyage de noces, en espérant aller voir des aurores boréales. Ce voyage est censé être un tournant dans notre vie, à notre retour on prévoit de commencer à préparer l’arrivée de notre fils. Le tournant aura bien lieu, mais pas dans la direction attendue…

La félicité avant la chute.

 

Récit d’un voyage en enfer

Déjà 4 semaines se sont écoulées depuis la mort de notre fils. Je publierai probablement un autre article dans les prochains jours pour vous parler de toutes nos galères rencontrés pendant cette période, et de donner des nouvelles à proprement parler. Mais pour le moment je vais m’atteler au plus difficile, le récit de quand tout à basculé. (N.B. : veuillez m’excuser pour les fautes probables dans cet article, car je n’ai pas le courage de me relire pour corriger)

C’est le jeudi, nous partons pour notre voyage de noces, en Finlande. L’esprit léger car l’échographie rapide faite le vendredi précédent montre que tout va bien, Bidule bouge dans tous les sens et aucune anomalie n’est à noter; et cela fait depuis août dernier que nous n’avons pas eu de vacances ensemble, alors nous sommes heureux et avons hâte de faire ce voyage. Quelques jours plus tard, le jour de nos 13 ans nous avons même prévu de voir des aurores boréales en Laponie. Je me sens radieuse avec ce ventre qui commence à vraiment se voir. Premier soir, le pays est magnifique, il neige, nous rigolons de cette langue tellement bizarre quand on l’entend à la radio. Nous arrivons dans notre logement, un charmant petit chalet typique, puis allons manger en ville et faisons une petite balade dans un parc et sur des quais enneigés. C’est juste parfait.

Vendredi, nous prenons le temps de visiter la charmante petite ville où nous logeons, avant de nous enfoncer normalement plus loin dans le pays le lendemain matin. Nous nous baladons dans de belles rues typiques mais glissante (tout est verglacé), le long d’une rivière… nous sommes tellement heureux, d’être là tous les deux, en voyage de noces, avec un enfant à venir. Après toutes les galères endurées on souffle enfin, on savoure la vie tout simplement. En fin de journée j’hésite même à acheter un 1er vêtement repéré dans une boutique, mais bon c’est encore un geste qui fait trop peur, alors je me ravise. On fait encore un petit tour sur une colline avant de retourner à la voiture, je suis tout de même fatiguée, c’est très glissant, ce n’est pas super pour se déplacer, on discute d’ailleurs des risques de tomber quand…. je glisse et tombe sur les fesses…. Vu la douleur dans mes poignets et le peu de douleurs dans mes fesses, je sens que j’ai quasiment tout amorti dans mes bras. Mais nous sommes sonnés, nous le choc. Je n’ai pas de douleurs, ni de saignements, cela semble anodin. Mais je me culpabilise énormément d’avoir glissé, cela fait très peur. Tout à l’air d’aller bien, alors on décide de quand même faire la petite boucle pour voir la mer à seulement quelques kilomètres. On est toujours un peu sonné, mais devant ce beau paysage je prends la première photo et la dernière qui montre fièrement mon ventre.

On convient d’appeler mon gynécologue dès qu’on est rentré au chalet pour tout de même avoir son avis et ne pas prendre de risque. Il n’est pas dispo alors on appelle les urgences auxquelles il est rattaché. Le gynécologue de garde nous dit qu’effectivement cela ne semble pas inquiétant en l’absence de douleurs ou de saignements, mais que pour écarter tout doute concernant un éventuel hématome sur le placenta, il faudra par précaution aller faire une échographie. On finit donc par aller à l’hôpital de la ville  vers 18h, au final mi-urgence, mi-clinique. Là-bas, pour accéder aux urgences gynécologiques (qui se trouvent à Helsinki, à 1h de route), il faut soit avoir des signes très inquiétants (sang, contraction), ou avoir été envoyé par un médecin. Donc même s’il n’y a pas de gynécologue dans l’hôpital où nous sommes, nous n’avons d’autres choix que de d’abord passer par là. On se dit donc que c’est chiant, on va perdre notre soirée pour rien, mais bon, on préfère être rasuré. Après 2h d’attente, on s’impatiente, on nous prédit encore 2h d’attente, hors je n’ai pas envie de patienter encore 2h pour me dire qu’ils ne peuvent rien voir car ils ne peuvent par faire d’échographie, que si c’est le cas autant qu’ils nous envoient au plus vite à Helsinki (car il est déjà 20h je crois). On fait bien, car 5 min plus tard, une interne nous prend en consultation, avec une vieille machine à échographie.

L’examen commence. Tout semble bien aller, le placenta est normal, mon col est normal, pas de saignements. Rien à signaler. Mais pour le moment Bidule semble dormir. Alors il faut juste qu’on attende qu’il bouge et on pourra rentrer. Précision importante, vu la qualité de l’appareil, on ne peut pas voir si le cœur bat, et il n’y a pas de son sur cette machine. 15 min plus tard il ne bouge toujours pas. Cela fait longtemps que je n’ai pas mangé, cela peut expliquer cette inactivité, alors elle me cherche un jus de fruit bien sucré pour le réveiller. 5 min après il ne bouge pas. Elle nous laisse donc presque 1h, pour être cette fois sûr que la situation ait pu évoluer. A ce moment là, je commence à être un peu stressée tout de même. Je marche, bouge, mange du gâteau, lui parle…. tout pour qu’il se réveille. J’ai l’impression de le sentir un peu bouger, cela me rassure un peu. L’heure a donc passé, elle revient enfin pour refaire l’échographie. Mais là, il est toujours exactement dans la même position…. le malaise commence à enfler dans notre cœur. Elle nous explique que pour effectuer une nouvelle vérification, elle va prendre les clés du services de gynécologie (qui est ouvert qu’en journée), pour qu’on aille utiliser leur appareil et pour pouvoir écouter le cœur (je ne comprends toujours pas pourquoi cette solution n’a pas été envisagée plus tôt).

Nous traversons donc des couloirs déserts, nos sourires ont quittés nos lèvres depuis bien longtemps. Je ne comprends pas, cette chute était vraiment minime, mon cerveau essaye de bloquer toute pensée pour ne pas se rendre compte de ce qu’il se passe. Je m’installe dans le fauteuil, elle commence une nouvelle échographie, mais là nous voyons bien que le cœur ne bat pas et que l’électrocardiogramme reste obstinément plat…. Elle nous dit juste, le regard désolé  » I can’t find a heartbeat », mais on a déjà compris. Je me souviens entendre mon mari crier de douleur et s’énerver. Je suis tétanisée. Elle quitte la pièce pour appeler les urgences d’Helsinki. Mon mari appellera sa mère en cris et en sanglot. Je suis toujours tétanisée sur le fauteuil. L’interne revient, nous explique que nous ne pouvons pas avoir d’ambulance apparemment car « ce n’est plus une urgence », elle n’a pas envie de nous laisser rouler une heure, cela se lit sur son visage, elle a vraiment peur pour nous vu notre état. Mais quel autre choix avons nous ?

Il doit être 22h ou 23h à ce moment là. Nous prenons la route sous la neige et le verglas, en hypoglycémie certaine vu l’heure avancée, dans un état indescriptible. Un infime espoir stupide subsiste, je demande à mon mari (et cela doit probablement être la seule phrase que j’ai prononcé de tout le trajet) « tu crois qu’elle a pu louper quelque chose, qu’elle ne savait juste pas faire une échographie, qu’il y a encore un espoir ? » il me dit « je crois bien que non ».

Je suis un zombie, mon mari doit me guider, me prendre en charge, pour me guider jusqu’à l’hôpital. Je suis incapable de parler. On arrive donc aux urgences, on se présente (car l’hôpital précédent est censé les avoir appelé), on explique qu’ils n’ont pas trouver de battement de cœur. On est installé dans une chambre, et on commence par nous faire en 1er lieu un doppler – qui semble durer une éternité – mais toujours aucun battement de cœur. Difficilement nous devons alors aller dans une salle d’examen pour faire une échographie par une gynécologue, pour vérifier. Cette fois je suis incapable de regarder l’écran. Et le couperet tombe, cette phrase résonne encore et toujours parfaitement de ma tête « I’m sorry, the heart of the baby has stopped to beat ». Je ne me souviens plus de tout à ce moment là. Ai-je pleuré ? je ne suis pas sûr vu l’état de tétanie. Dans mes souvenir, j’ai les bras ballants et le regard hagard vers le plafond. Je me souviens avoir été saisie de tremblements très importants. je me souviens que mon mari parle avec elle pour dire qu’on veut rentrer au plus vite en France, pour traiter la situation dans notre pays et avec notre entourage à proximité. Mais cela ne semble pas trop plaire à la gynéco, et de toute manière la chef du service est appelée, pour faire une énième échographie et essayer de comprendre. Elle explique ce qu’elle voit (mais je ne comprend plus trop l’Anglais à ce stade émotionnel), nous dit rapidement que la chute n’est en aucun cas la cause de la mort. D’après ce qu’elle voit, il était déjà mort à ce moment là, depuis plusieurs heures voir jours. Elle me demande quand est-ce que je l’ai senti bouger pour la dernière fois. je répond que je ne sait plus, car j’avais l’impression de l’avoir senti avant alors qu’il était déjà mort, alors comment savoir ? je commençais à peine à le sentir vraiment….On nous redit que d’après eux c’est bien trop risqué de rentrer en France, même par le premier vol le lendemain matin, car on ne sait pas depuis combien de temps il est mort, et donc quand mon corps risquerait de s’en rendre compte et lancer le travail. Le risque d’hémorragie à ce stade de grossesse est bien trop élevé en cas de déclenchement spontané. on appelle tout de même le médecin français qu’on a eu au téléphone quelques heures plus tôt pour avoir son avis, et il nous tient le même discours. Alors nous devons organiser avec eux la suite des événements. On commence déjà à nous demander si on voudra le voir, si on veut une autopsie, etc…. tellement de chose qu’on est pas prêt à entendre car on a pas encore bien enregistré l’information dans notre cerveau, mais effectivement il faudra qu’on réfléchisse rapidement à tout ça, c’est pourquoi ils plantent les graines de ces réflexions dans notre esprit.

Nous retournons dans la chambre, le temps de faire une prise de sang et autres prélèvements, et le temps qu’ils puissent organiser la suite avec le service de gynécologie. On attendra au moins 1h. Pendant ce temps là, j’essaye de joindre mes parents, mais ils sont injoignables, idem pour mes sœurs. (il doit être minuit en France à ce moment). Mon mari arrive à joindre mon beau-frère pour prévenir ma sœur (qui dormait le portable éteint). Ma belle-mère va sonner chez mes parents et ma 2e sœur mais n’arrive pas à les joindre (on apprendra le lendemain qu’ils dormaient tous très profondément). On nous laisse deux choix, soit être admis directement (et donc attendre à l’hôpital 1 journée), soit revenir le lendemain pour 18h. On choisit la 2e option, car nous n’avons pas envie de rester à l’hôpital, et de plus il faut que nous cherchions toutes nos affaires au logement. Or je ne me sens pas de laisser mon mari tout seul pour rouler jusque là-bas et s’occuper de ça tout seul. On me donne un 1er comprimé et nous pouvons repartir. Il est 2h du matin.

Le trajet en voiture est horrible. La douleur est si forte, c’est une vraie tempête de neige, heureusement il n’y avait personne sur les routes et c’est bien un miracle que nous n’ayons pas eu d’accident vu comme mon mari roulait. Je me souviens d’ailleurs avoir espéré à ce moment là de faire un accident, pour ne plus sentir cette douleur atroce.

Nous avons un peu dormi, blotti l’un contre l’autre, d’épuisement. La journée du samedi a semblé durer une éternité. Mon cerveau, miraculeux, arrive à bloquer la pensée que j’ai un bébé mort dans le ventre, défense de survie pour ne par perdre la raison. Nous avons du gérer l’annulation du reste du voyage, prévenu notre entourage. On est dans un état second, incapable de se nourrir, en proie au désespoir. Le moment de quitter le logement pour aller à l’hôpital est très difficile, on a pas envie de devoir affronter ce qui va arriver et qui s’approche de plus en plus. Le trajet en voiture est toujours aussi difficile, j’ai presque envie de demander à mon mari de nous envoyer dans le décor pour ne pas vivre ça. Je ne sais pas ce qui m’a retenu, mais heureusement, car à mon avis la pensée devait aussi être présente chez lui, et il en fallait de peu pour passer à l’action.

Nous arrivons en avance, alors je reste à pleurer dans la voiture sur le parking, voyant au loin des femmes venant donner naissances, des familles venant visiter des nouveaux-nés, et pendant ce temps mon mari est au téléphone avec une psy spécialisé pour les cellules de crises, pour ne pas qu’il s’effondre.

Il est 18h, nous rentrons dans le service. On s’occupe bien de nous, on nous explique tout. Enfin presque. Quand je pose des questions sur comment ça va se passer, on m’explique jusqu’au moment où les premiers saignements apparaîtrons, mais on ne me répond pas sur ensuite. A mon avis pour ne pas nous faire paniquer, car la suite est forcément horrible. On me donne la 1e dose de médicament pour déclencher les contractions. On s’effondre à ce moment là, car ça y est, c’est le début de la fin. 2h après, les premières contractions arrivent. plutôt bon signe apparemment que je réagisse dès la 1e dose. Ma mère, qui a sauté dans le 1er vol pour nous rejoindre arrive vers minuit. Arrivée salvatrice, car à ce moment les douleurs sont intenses, et émotionnellement il faut que quelqu’un prenne le relais de mon mari. Ensuite avec anti-douleurs et électrodes la douleur sera à nouveau un peu plus supportable. Ma mère ira à son hôtel, et je m’endormirais (bien plus tard) entre chaque contraction.

Dimanche, la douleur reviendra au petit matin, puis on me donnera une nouvelle dose de médicament. La douleur deviendra à la limite du supportable, à deux doigts de la péridurale (mais ils veulent l’éviter car il faut aller en salle de naissance pour cela, or vu la situation, pour notre bien-être psychologique, on comprend qu’ils préfèrent éviter si possible, et moi aussi). A ce moment là, la sage-femme comprendra que c’est le moment.

Je vous épargnerai les détails traumatisants. Cela a été rapide, mais la douleur physique fut à la hauteur de la douleur psychique. même si on sait que c’est inévitable, on a pas envie de le laisser partir. Mon mari devra me traduire ce que la sage-femme dit, car je n’entends plus que sa voix. Après cela je friserai la folie pure à cause des sensations d’après mon mari, je me souviens avoir crié, hurlé de panique, pleuré, traumatisée par mon état à ce moment là, et ensuite à nouveau la tétanie. Environ 30 min après (je crois, la notion du temps est compliqué pour ce moment), nous pourrons le voir. moment très difficile, on ne regarde que quelques instants, difficile de faire autrement vu notre état émotionnel. On lui dit au revoir, en l’appelant par son prénom. Plus tard, on nous donnera une empreinte de son pied.

Le reste de la journée et du lendemain j’ai beaucoup dormi d’épuisement, mon mari a du gérer 1000 trucs administratifs et pour le rapatriement. On aura le droit de partir le lundi (car heureusement je n’ai aucune complication), et de reprendre l’avion le mardi.

Le mardi, pour nos 13 ans ensemble, nous prenons l’avions pour rentrer en France, en laissant notre fils derrière nous en Finlande, dans une douleur sans nom, sans comprendre comment tout a pu basculer en un instant, alors qu’une semaine avant notre petit S. allait très bien.

Bilan 2018 (+point Bidule)

Préambule : J’ai attendu un peu avant d’écrire cet article, pour ne pas porter la poisse. Il semblerait bien qu’un nouveau chapitre s’ouvre pour nous, mais j’y reviendrai à la fin de cet article, pour que celles qui n’ont pas la force/pas envie d’entendre parler de femme enceinte puisse éviter cette partie plus facilement. Je ne sais pas ce que deviendra ce blog dans les prochains mois. Clairement pas un blog PB/parentalité, car ce n’était pas le but quand je l’ai ouvert. Je pense vous faire part des nouvelles importantes (en espérant qu’elles ne soient que bonnes 🍀) de temps en temps pour celles que ça intéressera. Et pour celles qui ne suivront plus ce compte, et bien je vous comprends totalement, et vous souhaite que le futur soit plus clair. Pour ma part je continuerai à vous lire et suivre vos aventures et périples.

 

Le Bilan :

Cette année 2018 est, je pense, l’année la plus émotive que j’aurai vécu jusqu’à présent. J’ai eu l’impression de vivre à la fois les pires et les meilleurs moments de ma vie quand je repense aux mois écoulés. Et comme quoi une année peut commencer très mal mais pourtant finir très bien. Rien n’est jamais écrit d’avance.

En janvier 2018, nous étions pleins d’espoir. Après 3 ans d’essais, plusieurs reports, nous allions enfin commencer les FIVs (après 4 IACs infructueuses).

Début février je vivais une bouffée d’air enchantée dans un Stockholm enneigé, avant de me lancer dans cette FIV1. Qui fût la 1e claque de l’année. Mauvaise réponse à la stimulation (1 ovocyte pour des doses de 450 UI de gonal F). Elle fût transformée en IAC sans trop y croire, mais comme on s’y attendait, le miracle n’eut pas lieu.

En parallèle de la PMA , je préparais mon mariage (beaucoup de stress, de problèmes avec l’organisation et les prestataires).

En mai, petite parenthèse à Prague avec une bande d’amis, pour déstresser avant le mariage (et la FIV 1bis). Une très belle expérience !

Fin mai, malaise au travail et passage aux urgences, diagnostiqué comme infection urinaire ce sera en fait une colique néphrétique, rien de très marrant à vivre, mais heureusement ça passera vite.

Début juin je me mariais. Beaucoup de larmes de joie, d’émotions, de tendresse, d’amour, entourés d’une grande partie de la famille et de tous nos amis. Et ce fut un mariage à notre image : une cérémonie laïque dans la forêt, un repas végétarien, un thème nature… Que tous nos invités semblent avoir apprécié et dépassés leurs a priori pour ces « manquements à la tradition » d’après les retours qu’on a eu. Malgré les couacs, cette journée a été magique, et nous avons réussi à en profiter, et finir la soirée des étoiles pleins les yeux. Je n’aurai pu espérer mieux.

Et la semaine d’après commençait le nouveau traitement pour la FIV 1 BIS. Stimulation un peu longue, 450 UI de Fertistartkit, mais ça finit par pousser. Une ponction de programmée ! Enfin ! Et une belle récolte de 14 ovocytes. Résultats inespérés. Mais le pire était à venir. 2 jours plus tard le téléphone sonna. On pensait avoir des embryons et un transfert le lendemain. Au final on se prit un 35 tonnes dans la gueule. Échec total de fécondation, normalement avec 50% en FIV classique et 50% en ICSi. Rien ne peut préparer à un résultat pareil. 2 semaines plus tard, quand le compte rendu arriva, on apprit qu’en fait sur les 14 ovocytes, seuls trois étaient matures, et donc juste en FIV classique (il en fallait +de 6 pour qu’ils appliquent le 50/50). Cette nouvelle n’est pas plus rassurante. Nous sommes pour la première fois devant l’abysse, cette possibilité que pour nous il ne soit jamais possible d’avoir d’enfants. Car ce problème de maturité+stimulation difficile+échec de fécondation, et bien ce n’est pas très bon signe concernant la qualité de mes ovocytes. C’est même très inquitéant. Sachant que je n’ai à ce moment là même pas encore 27 ans. L’été fût très difficile. Encaisser de telles nouvelles aussi. Réfléchir à la suite en cas d’échec à la prochaine tentative, suis-je prête à accepter le don d’ovocytes ? Entamer le parcours de l’adoption ? Un seul espoir subsiste : que la FIV ICSI fonctionne. On essaye de se raccrocher à cela, sans trop y croire.

Octobre : FIV 1 ter, en ICSI. Nouveau protocole : 300UI de menopur, et double déclenchement (ovitrelle + decapetyl). On arrive à 10 ovocytes ponctionnés. 2 jours après le téléphone sonne : c’est un miracle, 8 ovocytes matures, 7 fécondés, 6 embryons à J2, (5 à  J3). On pleure de joie, avec l’impression d’avoir gagné la guerre (alors qu’on a seulement gagné une bataille). On me laisse le choix entre un transfert d’un J3 ou J5. Je décide d’un transfert à J3, je ne veux pas tenter d’attendre J5 par peur qu’aucun embryon survive. J’ai besoin d’avoir un transfert certain pour mon bien-être psychologique, me^me si on me dit que le chance de réussite est plus grand avec un J5. Mais vu nos antécédents ils acceptent. En parallèle les 4 autres embryons sont poussés à J5 et deux survivants pourront être vitrifiés.

Le 28/10, je commençais à couver un petit J3, et le 12/11, j’apprenais que ce transfert était positif ! On a du revérifier plusieurs fois la prise de sang, et faire un test bâton pour y croire, que c’était bien nous, que le labo ne c’était pas trompé de personne. On était totalement incrédules !

Le 12/12 on entendait son cœur battre pour la première fois, et on voyait cette forme qui ressemblait déjà dans les contours à un petit être humain.

… Jusqu’ici tout va bien …

Avec l’année qu’on a eu, je ne pensais vraiment pas pouvoir la finir avec un bouquet final pareil. Comme quoi on ne sait jamais de quoi demain sera fait. Et on peut toujours avoir de bonnes surprises dans ce parcours ! Même si notre parcours a été semé d’embûches, je mesure la chance incroyable que le 1er transfert qui a pu enfin être fait ait été positif.

J’ai réalisé il y a quelques temps que ce test positif a été à moins d’une semaine près, 4 ans jour pour jour après les règles survenues à la fin de mon C1, le 1er parmi d’innombrables cycles d’échecs. Comme si le temps avait été suspendu pendant 4 années. Le hasard du timing est parfois bizarre.

Je vous souhaite à toutes la meilleure année possible qui soit.

Et n’oubliez pas, l’échec n’est pas la norme.





Lire la Suite

Florilège de RALCs

On m’avait prévenu, les RALCs ne s’arrêtent jamais, même une fois qu’on est dans le train. La palme revient d’ailleurs à ma mère, tant en nombre qu’en envie de foutre une baffe (ouais je suis d’humeur bagarreuse 😂).

Petit point de detail, on a rapidement annoncé la bonne nouvelle à la famille proche, car ils savaient de toute manière qu’on venait de faire une FIV et attendaient le résultat. Sont donc au courant mes parents, mes soeur, et les parents de mon mari. Ça a des pour et des contres, même bsi par moment on a regretté qu’ils soient déjà au courant (on en revient à ma mère 😂)

Je crois que la RALC récurrente qui me révolte le plus est celle-ci. Après des années à se coltiner des  » et vous c’est pour quand ? », une fois enceinte on a le droit à « et c’était voulu ? » ou sa jumelle « c’était prévu ? ». Donc comme toujours les gens posent des questions intimes qui ne les regardent pas. Le pire c’est que dans beaucoup des cas, c’est quelqu’un appartenant au corps médical ! Genre l’infirmière qui te fait une prise de sang, la pharmacienne… Et en tant que Pmette en reconversion je dois me retenir de ne pas répondre « oui conasse j’ai du passer par la PMA, alors c’était plus que prévu ».

On a aussi eu le droit à une RALC classique en l’annonçant hier au père de mon mari, et par défaut à sa compagne. Son père ne savait pas pour la PMA, alors en même tant que l’annonce on a fait un coming-out FIV. Et sa compagne qui nous sort « ah mais j’ai des amis c’est aussi quand ils s’y attendaient le moins, qu’ils avaient arrêté les protocoles, qu’elle est tombée enceinte »…. Euh ouais mais nous c’est pas un bébé couette miracle, on vient de te dire qu’on a du faire une FIV pour en arriver là donc je vois pas trop l’intérêt de cette remarque qui de toute façon est toujours malvenue…

Et Ma mère…

Lui expliquer quelque chose revient à parler à un mur. Elle est en roue libre totale depuis l’annonce… Genre on dirait que c’était le but de sa vie d’avoir des petits-enfants (pas nouveau, elle est déjà insupportable à ne faire que parler de mon neveu en continu et à tout le monde, genre les annecdotes sur des trucs qu’il dit ou fait dont personne n’a rien à faire, elle arrive même à souler ma sœur – la mère – c’est pour dire 😑)

Je lui ai annoncé dès qu’on a su que la prise de sang était positive (je lui ai d’ailleurs dit ça mot pour mot, car je commence seulement maintenant à réussir à dire que je suis enceinte). En lui expliquant bien que c’était tôt alors fallait pas s’emballer, le risque que ça se passe mal était quand memê très élevé. On l’a voit 5 jours après – elle parle à mon mari de ma date d’accouchement qu’elle a déjà calculé pour voir quand poser congés… Mais WHAT ???? Après ce repas je l’ai recadré en lui disant qu’elle avait qu’à partir en live dans son coin, mais de ne pas nous entrainer avec…

J’ai essayé de lui expliquer qu’après la PMA, on a du mal à se projeter, qu’on sait que les risques que ça se passe mal sont un peu plus élevés, qu’on connait beaucoup d’histoires où ça s’est mal passé. Bref qu’une accroche ne garanti pas un enfant dans les bras 9 mois après.

Malgré ça elle n’a pas compris. Elle a continué a essayer de me demander si je connaissais ma date présumée d’accouchement. J’ai fini par l’envoyer balader en lui disant non, même quand je l’ai connue, car faut qu’elle me foutte la paix avec ses putains de congés à poser sérieux… Comme si on se projetait aussi loin.

Ah oui et elle ne comprend pas que j’attends l’echo T1 avant de l’annoncer à la grand-mère… Elle a pas arreté de dire que c’était nul de pas le faire à noël, que de toute façon à force les gens le soupçonnait. Et il y a quelques jours,  » tu comptes lui annoncer quand ? Quand t’auras accouché ? Lol  » …. Euh ok … Genre j’abuse de vouloir attendre les 3 mois ? Mais elle a craqué ????

Elle me racontes aussi toutes les histoires de grossesse récente qu’elle connait, alors que concrètement on s’en fout totalement…

Dès que je fais une remarque sur des trucs que je n’arrive pas à faire (on fait un déni pour choisir la maternité entre autre car on trouve ça tellement tôt, on ne parle pas de la pièce-future chambre, etc) Elle se marre en disant « t’arrive pas à te rendre compte que t’es enceinte » … Mais rien à voir ! On se protège, on a du mal à se projeter car on a peur que ça se passe mal, mais non on est bien conscient de ce qu’il nous arrive (même si on a encore l’impression de rêver certes). Bref j’ai vraiment du mal à supporter, qu’elle ne comprenne pas qu’on ait besoin de se protéger, que non tout ne va pas forcément bien se passer. Ce n’est pas parce qu’elle a eu 3 grossesses faciles que c’est un cas général… Je dois probablement oublier des RALCs de sa part vu que c’est un flot continu, mais vous avez compris le personnage…