Le jour d’avant

Depuis début juillet, l’angoisse monte petit à petit. Et depuis le weekend dernier c’est de pire en pire. Car demain, un des pires jours après le mois de mars, est à venir – la DPA de S. Je ne suis pas très productive déjà aujourd’hui. J’ai cette pesanteur sur le cœur qui ne cesse d’enfler.

On a pris congés demain, même si on hésite encore entre rester cloitrés chez nous ou essayer de se paumer dans la forêt (mais avec la canicule ça va pas aider)… la seule certitude c’est qu’on ne veut croiser personne.

Je suis triste, infiniment. Je pense beaucoup à lui, au nouveau-né qu’il aurait du être, à ce qu’aurait dû être notre vie ces dernières semaines et les semaines à venir.

Et à cette vie qu’on se construit dans cet univers qui semble parallèle – un nouveau boulot pour mon homme, des concerts d’artistes que j’adore à foison entre juillet et décembre, un nouveau tatouage et la réflexion sur un autre en hommage à S., des vacances en août sur une île paumée dans l’archipel de Stockholm…

Nous n’avons pas encore envoyé les papiers pour que S. apparaisse dans notre livret de famille (juste savoir que c’était finalement possible nous a beaucoup apaisé). Mais je pense le faire vendredi (pas besoin d’être psy pour voir la coïncidence de base inconsciente entre cette attente et le passage de la DPA…).

Hier nous avons aussi eu la surprise de recevoir un complément au rapport d’autopsie dans notre boite aux lettres…. Mon mari a vite fait traduit ce qui semblait important, ça ne change rien à ce qui a déjà été dit et conclu (je ne sais pas quelles sont ces analyses complémentaires, il l’a fait sans moi et on a pas trop eu l’occasion d’en parler en détail hier soir). Mais on va le traduire intégralement rapidement et on l’emmènera à nos RDVs PMA et immuno de septembre. J’ai pas hâte, faut tout de même retaper tout le texte en finnois à la main pour le passer à la moulinette Google trad, et ensuite avoir à lire les détails…

Je vous laisse sur cette chanson que j’ai écouté en boucle ces derniers mois, car elle me parlait beaucoup –  qui plus est cet album est sorti quelques jours avant la mort de S., alors il l’aura entendu quelques fois quand je l’écoutais dans le tram pour aller au travail le matin, le sourire aux lèvres face à des journées qui étaient bien plus légères.

 

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L’annonce tant redoutée

Décidément, hier fût bien une journée de merde.

Ca commençait mal à cause de la date forcément, pleins d’annonces de décès atour de mes collègues ; et donc forcément ça parle de mort, d’enterrement, et en bonus des phrases à la con mais qui pour moi sont difficile à entendre type  » parfois on meurt plus vite qu’on nait »; « oui ça lui a pas pris 9 mois » (c’était pour parler d’un cancer, entre l’annonce et le décès, mais bon vous voyez bien là où ça peut me faire mal….).

En parallèle de tout ça, j’étais angoissé depuis quelques jours, car l’amie que j’évite m’a recontacté. Je l’évite car en janvier, elle nous avait dit qu’elle avait arrêté la pilule. Donc je savais qu’une annonce allait probablement arriver prochainement, car faut pas rêver, je pense que je resterai la seule infertile de tout mon cercle de connaissance…

Le pire c’est qu’en janvier, quand elle nous a dit ça, je me suis dit « ouf, j’ai échappé à une grossesse de plus pendant la PMA » HAHAHA ma vie est une blague je me suis ensuite dit, elle intervient après la perte de mon fils, ce qui est encore pire ! Comme si DNLP se demandait « mais qu’est ce que je peux lui réserver d’encore pire pour la faire souffrir? » –  Ca me fait penser, étrangement vu que je suis habituée à avoir la poisse et autres, je m’étais dit pendant la PMA « nan mais tu arriveras à tomber enceinte, mais tu vas perdre le bébé. Car sinon ce serait trop facile. Et après tu n’arriveras plus jamais à en avoir » . Vous imaginez que c’est fun quand une partie de ce dont vous avez pensé se concrétise… Bon la suite dans ma tête c’est qu’ensuite mon mari meurt dans pas longtemps d’un cancer/accident de la route, que je choppe une maladie grave et que tous les gens que j’aime meurent jeunes et que je finisse seule etc… OUAIS je suis optimiste avec ma vie ! Bon je vous rassure, j’arrive aussi à reprendre le dessus et me dire que non, ça va bien se passer, enfin j’espère.

Bref une fois de plus je diverge, revenons à nos moutons.

Il y a déjà 3 semaines environs elle m’avait envoyé un sms pour prendre de mes nouvelles, mais je n’avais pas répondu. J’ai attendu, attendu, puis dépassé la limite pour répondre sans que ce soit trop bizarre. Mercredi dernier, elle me revoit un message sur Messenger pour savoir si je vais bien.

Je me triture l’esprit, je sais qu’il faut que je lui réponde. Alors dimanche je lui dit juste les convenances, « ça va mieux, blablabla et toi comment tu vas »; elle me répond des banalités « contente d’être en vacances, on est bien dans la nouvelle maison ». Bref, je ne répond plus, je suis toujours aussi stressé, car il faut que j’aille droit au but, il faut que j’arrive à lui dire ce que j’ai sur le cœur. Alors hier soir je me lance pour me soulager, pour en finir avec ce poids. Je lui explique que je n’ai pas osé prendre de nouvelle car j’appréhendais une annonce de grossesse, car je ne suis pas assez forte pour gérer ça, que je serais incapable de la voir en présentiel car trop difficile pour mois les femmes enceintes et les bébés. Et que du coup le jour où ça arrive je préfère une annonce par message, pour pouvoir encaisser ça dans mon coin. Que malheureusement le jour où ça arrivera on ne se verra peut-être pas pendant un long moment, même si même temps, pour eux je leur espère que ça ne tarde pas trop paradoxalement.

Elle me répond qu’effectivement c’eétait ça hantise de se dire que si ça leur arrive, comment annoncer ça sans trop nous blesser, car elle se doute que ça doit être très difficile pour nous.

Ce message me laisse plein d’espoir, il semblerait qu’elle dise qu’elle ne soit pas encore enceinte ? que je vais encore pouvoir la voir ?

Mais non, quelques minutes plus tard elle me dit « je n’ai pas envie de te mentir et me triture l’esprit depuis des semaines…. mais du coup tu ne vas pas vouloir me voir de si tôt… »

En guise de félicitation j’ai du lui répondre un « tant mieux pour vous ». Et je lui ai dit qu’on garderait contact par message alors, le temps que j’arrive à gérer ça. Elle était soulagée, car elle avait peur que je veuille couper totalement les ponts.

Mais ce matin je me dis que c’est probablement illusoire, est-ce qu’un jour je serai prête à voir un bébé qui aura été conçu le mois après la mort de S. ? (c’est prévu pour janvier, j’ai quand même demandé au lieu de me triturer l’esprit) Un bébé avec un âge si proche ? j’espère 2 choses : que ce ne soit pas un garçon, et qu’il/elle naisse bien en 2020 – pas la même année que S. . Sans ces conditions je vois mal comment reprendre un vrai contact avec elle un jour sans morfler…

Voilà voilà, prends toi ça dans la face. Même si on s’y attendait, ça fait extrêmement mal. Et j’étais en colère. Face à ma vie merdique, pourquoi j’en chie tout le temps ? pourquoi je cumule tout ? infertilité, PMA, perte de mon bébé….. quand est-ce que ça va s’arrêté ? et en plus je dois m’éloigner d’amis que j’apprécie beaucoup pour ne pas souffrir plus…

Alors qu’elle attend patiemment le moment où elle veut un enfant, se marie, construit sa maison, arrête la pilule, et hop 4 mois après elle est en cloque. Et on peut prédire que pour elle tout va bien se passer forcément.

C’est tellement injuste…

Et forcément j’apprend ça alors que mon mari potasse un entretien hyper important pour mercredi, alors je ne pouvais pas lui en parler hier soir, je savais que ça l’affecterait beaucoup trop sinon. Alors j’ai caché mes larmes sous l’eau de la douche, puis j’ai pris un somnifère pour me coucher et dormir sans trop cogiter…

 

4 mois

Aujourd’hui cela fait 4 mois que débutait ce cauchemar éveillé.

On a parcourut un chemin immense depuis, beaucoup plus rapidement que je ne l’aurais pensé. Peut-être parce qu’on est habitué à vivre des choses difficiles, probablement car on a su demander de l’aide immédiatement. Mais il ne faut pas se méprendre, même si on arrive à aller de l’avant, c’est encore souvent difficile, la tristesse et la douleur ne sont jamais très lointaines. Mais on arrive tout de même à vivre malgré tout. Et on s’aime plus que jamais.

 

C’est fou comme le temps s’est immobilisé, comme il passe si lentement alors que par le passé il filait à une vitesse folle et je ne le voyais plus passer. Car on vit l’instant présent au lieu de toujours regarder en avant.

Et cela n’a pas commencer avec la mort de S., mais bien dès le jour où nous avons appris qu’il s’était accroché –  4 mois auparavant, le 12/11….

Tellement de choses se sont passées pendant ces 4 mois où je savais consciemment qu’il était dans mon ventre (car bon les 15 jours entre le transfert et la prise de sang, ce n’est pas vraiment pareil). Je me remémore tous les événements qui se sont passés, les soirées et les moments entre amis et en famille…. Je me souviens de tous ces moments.

Alors que d’habitude je suis incapable de savoir exactement ce que j’ai fait pendant un laps de temps pareil. Nous savourions l’instant présent, chose magique que nous avions oubliée depuis si longtemps –  parfois je me demande même si cela m’était déjà arrivé ?

Puis nous avons appris la mort de S. et ce ralentis du temps est devenu différent. J’ai l’impression que ces événements se sont produits il y a une éternité. Nous avons parcourut tellement de chemin depuis ce 8 mars. Pourtant la route est encore longue, et se dire que ce qui nous a semblé être une éternité, n’étaient que 4 petits mois, à l’échelle d’une vie cela fait peur pour tous les jours qu’ils nous reste à vivre sans lui.

Je ne retiens plus tous ces moments passés entre amis – il y en a eu beaucoup ces derniers temps, depuis que nous avons retrouvé une vie sociale – mais seulement avec les amis très proches, qui connaissent vraiment notre histoire, et avec qui on se sent en sécurité, avec qui on peut passer de bons moments et se changer les idées. Bien évidemment, il y  a encore toujours des moments quand on est avec eux où l’on se met en retrait, où l’on a un coup de moins bien, mais dans l’ensemble on arrive tout de même à profiter.

Avec la famille c’est différent, autant dans les 1ères semaines leur présence a été salvatrice, autant maintenant leur présence est dure -cela nous rappelle sans cesse que la famille n’est pas au complet. Et puis souvent ils manquent de tact, ne comprennent pas que c’est dur de voir mon neveu, ils parlent des enfants et grossesses dans leurs entourages, insistent pour nous voir (ma mère me fait limite du chantage affectif…), etc.… alors on les voit peu pour se protéger. On a essayé il y a 2-3 semaines de faire un repas de famille pour l’anniversaire de ma mère, mais comme on pouvait s’y attendre c’était une erreur, justement pour ce que je viens de citer. C’était un test, on sait maintenant qu’il nous faudra beaucoup de temps pour réussir à vivre ces repas sereinement. Alors on a décidé qu’on n’en ferait plus avant qu’on le sente vraiment, qu’il fallait qu’on se protège, et tant pis s’ils ne comprennent pas.

Dans cette optique, on a aussi décidé de ne pas aller à un mariage d’amis fin août. On ne le sent pas, potentiellement trop d’enfants, des vieilles connaissances qui risquent de poser des questions maladroites, etc… bref même si ça nous attriste de ne pas célébrer ce moment avec ces amis, il faut qu’on se protège avant tout. On souffre déjà assez comme ça. Il faut qu’on leur annonce, cela me fait peur, j’espère qu’ils comprendront.

 

Pourtant, malgré ça je sens aussi un gros changement dans ma tête depuis le RDV immuno de la semaine dernière. On a vraiment passé un cap, finit toutes les investigations que l’on devait faire. Il y a un avant et un après. Je pense à nouveau constamment à S., encore plus que les semaines précédentes où mon esprit me laissait un peu de répit ; mais aussi au désir d’enfant tout simplement. Cette envie viscérale d’être parent qui reprend le dessus, même si notre deuil est loin d’être accompli. Alors je sais déjà que si nous sommes sur la même longueur d’onde avec mon mari (cela sera probablement le cas), que même si ça fait peur, on enclenchera le retour en PMA après les RDVs de septembre, quand tous les feux seront au vert.

Rdv immuno

Mardi soir, soirée extrêmement difficile : je dois me replonger dans mes dossiers, pour faire le tri et regrouper tous les papiers importants – vis à vis de ma santé, de la PMA et de la grossesse…. Forcément je retombe sur le dossier d’admission à la maternité, les photos d’échographies, l’empreinte de son pied… moments extrêmement difficiles.

Mercredi, après une nuit courte et agitée, je suis arrivée à l’hôpital ultra en avance car je n’avais rien compris d’où se trouvait le service. J’avais un peu étudié le plan, mais j’ai bien fait de venir tôt, car ce n’était pas là. J’avais pris ma matinée pour ne pas être stréssée. Mon mari par contre travaillait, donc j’ai fait l’éclaireuse pour lui indiquer où c’était exactement, qu’il puisse venir au dernier moment pour ne pas avoir trop d’heures à rattraper.

J’y avais déjà été il y a plusieurs années – en 2010 j’apprendrai – alors j’ai reconnu l’entrée, puis j’ai demandé mon chemin à l’accueil vu l’immensité de l’endroit – cet hôpital tient plus du hall d’aéroport que du centre de soin !!!

Le professeur a 30 min de retard, il nous dit qu’on peut prendre un café en cherchant la patiente précédente.

Bref c’est notre tour, enfin d’abord moi toute seule, mon mari ne peut pas venir de suite (d’ailleurs le mari précédent s’est énervé à cause de ça). C’est une consultation « grossesse » je vous rappelle (ouaip très très drôle comme appellation…) Donc effectivement ça a tendance à concerner le couple.

Et vous vous en doutez, vu le type de consultation, la femme avant moi est enceinte, les deux après aussi. Ca fait bien bien mal vous imaginez. Je ne peux pas m’empêcher de leur en vouloir, comme toujours. Une part de moi déteste toutes les personnes pour qui ça se passe bien. Je sais c’est con, je sais c’est horrible, mais on ne maitrise pas son inconscient (puis je me rends compte de tout alors ma cause ne doit pas être perdue). Puis à chaque fois on se dit « pourquoi c’est toujours moi qui en chie et pas les autres un peu aussi ». Mais faut se rendre à l’évidence, je suis « les autres » pour tout le monde. Je n’ai personne d’infertile dans mon entourage, personne qui a vécu un deuil périnatal. Alors forcément niveau statistiques, les probas pour que ça tombe sur ma gueule était bien élevées…

Mais vous savez le pire dans tout ça pour ma culpabilité face à ces pensées sombres ? c’est que si ces meufs se retrouvent dans cette consultation, c’est que soit elles ont aussi une maladie auto-immune pas très sympa qui impacte la grossesse; soit elles ont vécu la même chose que moi ; voir les deux. D’ailleurs celle avant moi est venue avec son mari, et sa fille ainée qui devait avoir 8 ans. Vu l’écart entre les deux grossesses, forcément on peut présumer que y’a des trucs probablement pas cool qui se sont passés entretemps. Et vu l’énervement de son mari quand il a appris qu’il ne pouvait pas venir de suite, ça confirme cette piste…. Donc le plus probable c’est juste qu’elles sont plus loin que moi dans le processus, dans la partie où ça va de nouveau mieux. Mais voilà ce matin là, je suis la seule qui est encore dans la tempête dans cette salle d’attente, et c’est dur, alors je déteste la terre entière.

Bref je me recentre sur le sujet.

Hasard total, c’est le même médecin qui m’a reçu il y a 9 ans (alors vous êtes prof d’anglais maintenant  ? Non pas du tout 😅). Très sympa, très drôle, il met à l’aise. Heureusement car je n’en mène pas large, il faut expliquer à la fois des évènements douloureux et mes 4000 soucis de santés et mon dossier médical de 5cm d’épaisseur. Je lui raconte donc mon parcours depuis la dernière consultation (je fais l’impasse sur mes années d’errance médicale sinon on y serait encore), lui parle de mes symptômes, des spécialistes vus, des examens effectués. Il me demande pourquoi je viens dans le cadre d’une « consultation grossesse » – bim l’effet glacial instantané. C’est toujours horrible de raconter cela. Les gens ne sont jamais prêt à se prendre cette histoire en pleine face. Bim une 2e couche quand il me demande pourquoi on était en Finlande – voyage de noces – ah ouais c’est dur… ouaip….

Mais ce que j’ai apprécié c’était son empathie, le choix des bons mots, de cette justesse qui reconnait la douleur mais ne tombe pas dans la pitié. Car c’est horrible d’inspirer la pitié aux gens, c’est dur de la voir une énième fois sur leur visage.

On est pas juste un dossier, il prend mesure de ce que cette épreuve représente pour nous. Et épluche vraiment notre dossier. Après m’avoir auscultée, mon mari peut me rejoindre.

Alors en résumé :

  • Effectivement cela ne peut pas être Goujerot-Sjögren vu les résultats d’analyses. Mais cela ne nie pas que j’ai un syndrome auto-immun, vu mes anticorps et mes symptômes divers et varié. C’est juste qu’il n’est pas rattaché à une maladie précise ou connue (je vous l’avais dit, je la sentais venir cette réponse). Par contre il m’a donné le feu vert pour commencer le Plaquenil (pour mes douleurs articulaires) dès à présent. Je vous avoue qu’on est passé très vite sur cette partie, car ce n’était pas le point principale de cette consultation.
  • Pour lui, la mort de S. n’est pas liée à ces problèmes. Toutefois, il pondère les résultats de l’autopsie : sur certains points, les analyses effectuées ne sont pas très claires (quelles analyses ont été faites sur le placenta; étude du cœur), or ce sont des points importants pour les problèmes causés par certaines maladies auto-immunes. Cependant : cette piste n’est pas privilégiée car je n’ai pas les fameux anti-SSA qui attaquent le cœur du bébé (et normalement même si le problème se développe à cette période de la grossesse il est vrai, cela n’est pas encore léthal à ce stade). Pour le placenta, on ne sait donc pas s’ils ont vérifié qu’il n’y avait pas de caillots à l’intérieur. Bref ce médecin est plus nuancé, plus franc aussi par rapport à la réalité des faits et des doutes.
  • Pour lui, ce serait donc tout de même la faute à pas de chance. C’est moche à entendre, c’est dur de ne pas avoir de réponse, mais en même temps je n’aurais pas été prête à ce qu’on me dise que c’était lié à ces soucis et que rien n’avait été fait pour éviter ce drame.
  • Pour la suite des événements : pour une prochaine grossesse, vu notre passif, il pense prescrire de l’aspirine (pour éviter les problèmes placentaires); et aussi suivi rapproché dans ce service (une consultation par mois à partir de 6-8 SG). C’est un suivi qu’ils mettent en place pour toutes les patientes qui ont vécu la perte de leur bébé pendant la grossesse sans explication claire (et qui ont des soucis auto-immuns). Parait que cet effet « cocooning » fait ses preuves, les patientes sont moins stressées et donc les grossesses se passent mieux.
  • Vu la complexité de notre dossier, il veut tout de même l’amener à leur prochaine réunion de service, pour voir si ses confrères ont le même avis que lui ou non. Il ne voudrait pas se tromper ou passer à côté de quelque chose. Cette partie là m’a aussi beaucoup rassurée, et cela prouve l’importance qu’il accorde au dossier.
  • Cette réunion est en septembre, et donc on le revoit le 25/09 pour débriefer de tout cela. Et comme ça si on a d’autres questions d’ici là, on pourra les poser.

 

C’était un RDV difficile, je n’ai pas appris grand chose en soit, mais cela m’a grandement rassuré pour la suite, quand on retournera en PMA et si par miracle je réussie à de nouveau être enceinte… C’est un peu plus facile d’envisager de reprendre les essais dans quelques mois dans ce contexte-là.

 

Pouvoir fermer un chapitre du deuil

Nous avons reçu une nouvelle positive hier, qui nous permettra de fermer un chapitre et passer un cap dans notre deuil.

Je vous avais expliqué que le fait d’avoir subit la mort de S. en Finlande avait tout compliqué, particulièrement du côté administratif.

En effet, l’État civil de Nantes, en charge de tout ce qui se passe à l’étranger, avait statué qu’ils ne pouvaient pas se prononcer sur la possibilité d’établir un acte d’enfant sans vie, donnant accès à la possibilité de faire des funérailles ET d’inscrire notre enfant dans notre livret de famille.

Alors que la loi était de notre côté, et qu’on leur avait fourni des documents bien plus détaillés que le CERFA français nécessaire. Notre dossier avait donc été transmis au Procureur Général de la République, délais de réponse annoncé : 1 à 2 ans. (Totalement indécent….)

 

Contre toute attente, nous avons obtenu la réponse hier, « seulement » 3 mois et demi après. Sachant que si ça avait été en France, on aurait validé ça dans les jours suivants l’événement et on aurait pu mettre ça derrière nous, sans le stress engendré par l’incompréhension de cette transmission au procureur.

Notre dossier a donc été validé, nous pouvons obtenir le document d’enfant né sans vie.

S. aura donc enfin une vraie place, une reconnaissance de son existence, et son nom dans notre livret de famille.

Nous avons déjà effectué des funérailles à notre façon comme vous le savez, de toutes façons nous n’aurions pas voulu mettre ses cendres au cimetière, alors cette partie est moins importante. De toute façon on ne sentait pas de taille de garder son urne dans notre appartement pendant toute cette attente !

Il faut maintenant qu’on s’attelle à réunir toute la paperasse, et ensuite on doit envoyer le tout avec notre livret de famille à l’ambassade de France en Finlande (notre interlocuteur)… Cette partie ne nous rassure pas trop, je fais pas spécialement confiance à la Poste 😒

Un chapitre important peut donc enfin se clore, et nous aider à aller dans l’avant, en cessant de traîner ce poids. Il sera vraiment clos le jour où nous recevrons à nouveau le livret de famille rempli.

Je ne sais pas comment il fait

Je vous ai parlé de mon retour a travail, mais là je vais vous parler de mon mari.

C’est vrai que niveau grossesse et parentalité au travail, je suis quand même par trop mal lotie car peu de jeunes dans mon bâtiment. Mes collègues de bureau ont des enfants qui ont mon âge. Bon ça n’empêche pas de parfois les entendre parler de quand leurs enfants étaient petit, à la maternité, de leurs petits enfants, qu’en ce moment dès que j’entend parler de grossesse et naissance (petits-enfants, collègues éloignés), toutes les naissances sont prévues pour juillet, de croiser une meuf enceinte dans l’ascenseur l’autre jour…. mais comparé à mon mari c’est le club-med.

Sa boite est plutôt jeune en moyenne d’âge, donc beaucoup de jeunes parents, de discussions autour de ça et d’annonces assez fréquentes de gars qui vont être père.

Samedi j’ai mesuré à quel point il était fort par plusieurs aspects, quand on a bu un verre avec deux amis qui ont été/sont aussi collègues par moment. Ils ont beaucoup parlé de la boite.

Déjà il doit côtoyer un collègue qui attendait un enfant à un mois d’écart avec nous. Sa femme a accouché dimanche dernier, et il a envoyé une photo…. (niveau tact on repassera). A l’époque ils parlaient de faire des play-dates, des cours de bébé-nageurs, etc ensemble avec nos bébés à venir. Vous imaginez bien la difficulté de côtoyer ce collège maintenant.

Un autre collègue qui a annoncé qu’il allait être père. Mais les tests et l’écho T1 ne sont pas bon, alors ils doivent faire une amniocentèse. Donc forcément ils discutent de tout ça et ça remue pas mal de choses.

Et puis, le plus difficile assurément : quand S. est mort, on s’est dit que pour le choix du prénom on avait bien fait d’en prendre un rare car au moins on ne devrait pas trop souvent l’entendre (je ne l’ai jamais entendu jusqu’à présent). C’était une difficulté en moins. Sauf que, la vie est une pute. Il retourne au boulot, un nouveau mec a été engagé dans son équipe quand il était pas là, il porte quasiment le même nom que notre fils (à une lettre finale près)… Il me l’avait raconté, et là, samedi, nos potes ont beaucoup parlé de ce mec (car il faisait pleins de connerie au boulot). Un coup de poignard à chaque fois que son nom était prononcé….

Je ne sais pas comment il fait pour supporter ça au quotidien, il est encore plus fort que ce que je pensais avoir découvert avec cette épreuve. Et ça me rend triste pour lui de savoir qu’il endure ça au quotidien (même si je suppose que c’est come tout, on finit par s’y habituer…)

Mais qu’est-ce que je l’aime !

doiCet autre collègue

 

13 juin

Le retour des dates difficiles… Je sentais une amélioration ces dernières semaines, de gros progrès niveau moral et bien-être au quotidien. J’ai passé le cap de ne plus me dire tous les jours « ça serait plus facile de ne plus vivre », à me dire qu’il y avait une vie possible après la perte de mon fils, à réapprécier un peu le quotidien, à faire de petits projets (fêter nos noces de coton, se décider de partir en voyage pour les vacances en août, même si ça nous fait un peu peur car ça va rappeller des souvenirs le combo avion-voyage).

Mais voilà, depuis ce weekend je replonge dans la douleur et la tristesse. Car ce soir j’aurai dû être en congé maternité…

Ritournelle omniprésente dans ma tête, aujourd’hui plus encore, cela ne veut pas sortir. Et ça brûle de douleur.

Cela devait être mon dernier jour, je ne devais plus remettre les pieds au travail avant au moins fin janvier… Mais non je serai bien présente ces longs mois.

Dans 6 semaines j’aurais dû accoucher. J’avais perdu le compte, je m’étais forcée à ne plus calculer « à combien de semaines j’aurais dû être ». Mais voilà, avec cette date je le sais très exactement.

Et vu la douleur que ça provoque, je n’ose même pas imaginer ce que ça va être le jour de la DPA…. Mon mari et moi avons pris congé, on sait d’avance qu’on aura pas la tête à travailler ce jour-là. Reste à savoir comment on occupera cette journée (si vous avez des conseils, je suis preneuse).

Le poids des mots/maux

C’est fou comme le choix des mots que l’on fait pour s’exprimer influence la vision et la compréhension que notre co-locuteur va avoir de notre discours.

J’ai toujours du mal à parler oralement de la mort de S. Et de dire les mots que je viens d’écrire. Cela dépend aussi de la personne que j’aurais face à moi, du degré d’intimité et de confiance. De ce que j’accepte de mettre à nu face à cette personne. Et aussi un peu, je suppose, de se protéger face à la pitié et l’inconfort qu’on a pas envie d’inspirer à des inconnus.

Face au coach de la salle de sport, j’elude la raison de pourquoi j’étais en arrêt maladie mais que j’avais le droit de sortir et d’aller au sport, pourquoi j’avais résilié mon abonnement , pourquoi je n’avais pas été à la salle pendant 5 mois, et tout d’un coup je revenais et me réengageait. En même temps la salle de sport c’est mon exutoire, alors pas non plus envie de ramener en force mes malheurs. J’y vais justement pour me vider la tête.

Ma médecin traitant et mon endocrinologue (et ma psy bien-sûr) – elles je leur fait confiance. Alors j’arrive à dire les vrais mots, et dévoiler un peu plus ma souffrance.

Et puis il y a la médecin du travail, que j’ai enfin vu suite à ma reprise du travail. Je ne l’ai vu que 2x auparavant, elle est assez bizarre, puis comme dit il n’y a pas vraiment ce lien de vraie confiance/confidence qui s’est créé. Alors forcément, quand elle demande pourquoi j’étais en arrêt maladie, il faut bien le dire. Mais je choisis ces mots, que j’ai déjà prononcé face à une infirmière pour une prise de sang, ces termes cliniques mais qui me semblent bien froids et loin de la réalisaté : « j’ai fait une fausse couche tardive à 21 SA ».

Cliniquement c’est bien le cas, de 15 à 22SA (et donc à 5jours près…), on parle de fausse couche tardive.

Mais je trouve que ces termes minimisent la violence du vécu, l’attachement qu’on avait pour notre fils, le trou béant qui règne dans notre cœur.

Et cela impacte notre locuteur. Elle m’a tenu le même discours que pour une fausse couche précoce, et beaucoup minimisé le vécu, le temps de deuil à faire. J’ai précisé qu’on était passé par une FIV pour qu’elle se rende compte que « vous êtes jeunes, vous avez qu’à recommencer, c’est son expérience qui lui démontre ça » c’était une discours de merde. Mais bon après c’était « ça a marché une fois, ça remarchera, puis vous êtes jeunes ». Ça me fait rire jaune ces médecins qui essayent de nous remonter le moral avec des RALCs… Mais laissez nous vivre notre deuil !

Je me rend compte que si j’avais réussi à dire « mon bébé est mort à 21 semaines », elle aurait probablement eu une vision différente, il y aura eu moins de détachement de ma part (détachement qui m’aide juste à ne pas craquer). Alors il va falloir que j’arrive à dire ces mots quand c’est nécessaire. Que j’ose me dévoiler, exposer mes blessures, un peu plus facilement.

Changer de regard

Chaque famille a ses histoires un peu particulières, anecdotiques, qui sont rarement partagées en-dehors.

Il y en a une qui a résonné particulièrement en moi ces dernier temps, alors que cela semblait anodin auparavant.

Ma grand-mère maternelle a été enceinte à peu près au même moment que ma mère l’a été de moi (je crois que ça s’est joué à quelques semaines/jours de différence). Un accident de contraception. Mais elle a fait une fausse couche, et à ce moment là on lui a découvert un problème, elle a du se faire une ablation de l’utérus. Je ne me suis jamais vraiment intéressée à cette histoire, je ne me rappelle plus ce qui s’est passé exactement (on me l’a raconté quand j’étais petite). Était-ce une grossesse extra-utérine et elle aurait perdu sa trompe ? quel était le problème avec son utérus ? à quel stade exactement ? je ne me souviens guère je dois l’avouer, puis je n’ai jamais été très proche de ma grand-mère.

Il n’était certes pas prévu, mais elle a tout de même perdu ce bébé.

Tout ce temps, elle l’a parfois évoqué, ma mère aussi « t’imagines, t’as failli avoir un oncle ou une tante de ton âge ». Mais je sais que j’ai toujours réagit plus ou moins de la même manière quand on m’en parlait, « nan mais ça aurait vraiment été trop bizarre ».

En février, elle nous avait invité à diner chez elle, pour fêter ensemble l’annonce de ma grossesse. Elle m’en a reparlé à ce moment là. J’ai de nouveau réagit de la même manière, je sais que j’ai été un peu sèche. En mode « c’est bon arrête de radoter, c’est une bonne chose que ce ne soit pas arrivé, ça aurait vraiment été trop bizarre comme situation. »

Forcément dernièrement, j’ai vu cette situation sous un nouvel angle. Je me suis rendu compte de l’égoïsme de ma réaction. Et je sais que ma mère (qui a aussi des relations tendues avec elle) a aussi toujours eu cette vision des choses – peut-être que ma vision des choses vient d’ailleurs d’elle.

Le fait qu’elle évoque cette histoire, ce bébé, en me voyant, moi, enceinte… ce n’est pas anodin. J’ai réalisé que quand elle me voyait, elle devait souvent se dire qu’elle aurait du avoir un enfant de cet âge là, même si ce n’était pas « dans l’ordre des choses », et qu’elle devait probablement se demander à quoi il/elle ressemblerait s’il/elle avait atteint cet âge là quand elle l’a évoqué ….

Côtoyer sa petite-fille, qui lui rappelle ce qui n’est pas advenu…. et que cette souffrance, ce deuil, soit nié par tous car ce n’était pas dans « l’ordre des choses »….. c’est horrible… Pas étonnant que nous ayons toujours eu des rapports assez difficiles….

 

L’appel à la con qui fait mal

Je l’avais senti venir cet appel, en revenant au travail j’avais vu un mail qui datait d’un mois me disant que la Gestion des carrières voulait me voir dans le cadre de mon départ en congés maternité. Bref j’ai vite supprimé le mail, et vu qu’il n’y avait pas de relance, je me suis dit (enfin j’ai espéré surtout) qu’entre temps ils avaient du avoir l’info (même s’ils devaient l’avoir depuis mars…).

Vous devinez l’appel du jour :

 » Bonjour, je vous appelle concernant votre départ en congés maternité  »

Putain ça fait mal….

J’ai répondu  » c’est plus d’actualité », elle savait plus où se foutre la pauvre.

Ça m’énerve d’autant plus que la DRH était au courant : mon congé n’apparaît plus dans le planning, et j’ai eu un mot il y a plus d’un mois de la part du directeur des ressources humaines et du PDG…. Bref la communication c’est vraiment pas ça.

 

Allez 1h30 et c’est le weekend, j’ai rarement aussi eu hâte…