Je ne sais pas si tout deuil est un traumatisme. Probablement que non (je n’ai pas été traumatisée par la deuil de ma grand-mère par exemple), même si beaucoup le sont. Mais je suppose que toute perte violente et/ou soudaine l’est, et que la perte d’un enfant l’est forcément.

Et ce(s) traumatismes) laisse(nt) des traces dans le quotidien même quand la vie a repris son cours.

Cela s’est rappelé à moi dernièrement la veille de notre départ à Budapest. J’étais mal toute la journée, j’avais envie de pleurer sans raison. J’ai mis quelque temps à comprendre que c’était le traumatisme d’avoir perdu S. pendant un voyage. Et le déplacement en avion n’aide pas, car cela rappelle l’état douloureux dans lequel on était pour le vol retour. Je pense que je vais mettre longtemps à passer ce traumatisme des voyages – même si on ne va pas le laisser nous empêcher de voyager. Je suppose que plus on l’affronte, plus il s’apaise. C’était déjà plus facile à vivre que les vacances cet été.

Puis il y a le reste, qui s’insinue plus sournoisement dans le quotidien.

Des mots qui déclenchent une sensation de mal-être. Dès que quelqu’un évoque les mots deuil, mort, enfant, fils, nouveau-né, mort-né, fausse-couche, grossesse, accouchement, parents, mère, père, hôpital, Finlande, lune de miel, voyage de noces, toutes ces pubs pour jeunes parents à la TV ou à la radio, etc …

Mais aussi les discussions ou images qui provoquent des flashbacks, bien plus difficiles à gérer.

Comme une scène d’accouchement dans un film.

Comme une collègue qui parle de prise en charge à l’hôpital. Elle parle du manque d’empathie du personnel, et t’as envie de lui dire que le jour où ton cas a réussi à faire pleurer plusieurs infirmières c’était pas un victoire…

Comme ce jour où tu as des vertiges ou envie de vomir qui te rappelle un moment très difficile pendant la période des contractions…

Ou parfois simplement dans le lit quand ton esprit divague et que tu n’arrives pas à dormir.

Je me demande comment je vivrai les 1ères neiges cette année…. ça a été la tempête à partir du moment où l’on a appris la mort de S. et le moment où j’ai accouché. Alors ce sera difficile de ne pas y penser.

D’ailleurs l’hôpital c’est un gros soucis. Je ne sais pas comment je vais vivre le retour en PMA, car j’ai vraiment du mal avec cet environnement depuis. Et on ne parle même pas de devoir faire des échographies… Parfois je me dis heureusement que je n’ai pas accouché dans l’hôpital où je suis suivie en PMA, sinon je ne suis même pas sûr que j’aurai réussi à y retourner.

Puis il y a les angoisses quand tu essayes de te projeter dans une nouvelle grossesse (et que ton cerveau oublie qu’on en est loin car tu es infertile) , où tu te dis que tu seras incapable de sortir de chez toi, que tu ne te vois pas autrement que passer 9 mois à la maison, et que tu te tapes une crise d’angoisse quand ta psy te dit que pour ton bien elle ne te laissera pas t’enfermer chez toi, elle te forcera à sortir.

Pour les angoisses, je travaille dessus, même si certaines sont difficiles à s’en défaire, et que le processus sera long pour que je réussisse à nouveau à faire confiance à la vie. Malheureusement pour les flashbacks il n’y a pas grand chose à faire, à part espérer qu’avec le temps cela diminuera et s’apaisera.

Parfois certaines angoisses s’apaisent (je n’ai plus la peur irrationnelle de mourir d’un accident de la route à chaque coin de rue comme au début), mais d’autres les remplacent. Alors on continue ce long combat, pour rester debout et avancer, face à cette tempête qui diminue petit à petit en intensité, même si parfois il y a encore des rafales qui nous déstabilisent.

13 réflexions sur “Traumatisme, flashback et angoisses

  1. Tous les deuils ne sont pas traumatismes mais dans un vécu comme le tien il est normal d’en être traumatisée. Décès violent, inattendu, de ton enfant (c’est dans l’ordre des choses de perdre ses grands-parents, plus tard ses parents… mais son enfant non, ce n’est pas dans l’ordre des choses, ce n’est pas concevable pour l’esprit d’un parent), dans des conditions très particulières, loin de chez toi… Je suis mal placée pour le conseiller (on m’en parle depuis longtemps et je n’ai toujours pas fait le pas) mais l’EMDR semble toute indiquée dans ton cas. Tout ça est encore très très récent pour vous, c’est normal d’avoir mal, mais je te souhaite de trouver de l’apaisement assez vite.

    Aimé par 2 personnes

    1. C’est vrai qu’on m’avait déjà parlé de l’EMDR ici, mais effectivement, de là à sauter le pas… Il faudrait peut-être que j’en parle avec am psy, voir si elle pense que ce serait utile ou si la thérapie actuelle est suffisante sur le long terme…

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  2. le chemin sera long pour accepter ce deuil, un nouvelle grossesse que je vous souhaite ne guérira pas ton âme, ton cœur. mais t’aidera a avancer. accepter son été est déjà une belle étape de franchie. je souhaite que tu trouves la paix, et que tu te pardonnes de ce qui est arrivé. c’est une tragédie j’en suis consciente. bon courage à vous et restez soudé dans cette épreuve.

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    1. Oh oui, je suis bien consciente qu’une nouvelle grossesse ne guérira pas cette blessure. Même si je pense que le deuil est tout de même plus facile si on arrive à avoir un enfant par la suite que si cela reste notre seule expérience de la parentalité… Mais bon advienne que pourra, on a tout de façon pas de prise là dessus !

      Merci pour tes doux mots ❤️

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  3. J’avais visé juste avec mon stress post-traumatique (genre la meuf fière d’elle) (sorry).
    Tu es suivie pour ça ? Par un psy ou un autre doc ? Il parait qu’il existe maintenant des techniques assez efficaces (genre EMDR comme en parle choco_not).
    Bise et courage !

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    1. J’avais déjà écrit une grande partie de cet article quand tu as commenté l’autre, je me suis dit « ah ben oui ça va lui plaire ^^ »
      Je suivie par une psychiatre, mais ca fait extrêmement longtemps qu’on a pas parlé de flashback (on parle plus des angoisses, de la culpabilité, de la tristesse).
      Je suppose que vu que je suis plus angoissée ces derniers temps (probablement car le retour en PMA est en marche + période anniversaire), ça joue aussi sur la recrudescence des flashback. Donc faudra que je discute de tout ça avec elle. Voir si elle pense que l’EMDR peut être un plus ou non dans le suivi thérapeutique.

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  4. Le deuil d’un enfant est certainement une des choses les plus traumatisantes qui soit. Et dans le cas d’un deuil périnatal ce doit être très dur de repasser par les étapes de la précédente grossesse. Soyez doux et indulgents avec vous-même dans le processus que vous avez entamé.

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    1. Je n’ai pas osé aller le voir, c’était encore trop frais pour nous au moment de sa sortie…
      Et j’avoue que le seul film que j’ai vu sur ce thème était difficile à regarder, même si très parlant (surtout qu’on s’y attendait pas du tout, c’était le film Koko-di Koko-da, vu au festival du film fantastique), qui traitait du traumatisme justement.

      Mais je pense que je le regarderai prochainement, car effectivement tout le monde en parle en bien.

      Des bises 😘

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